Mexique | Bunker, l’obsession de l’investigation

Nullam fringilla

Mexique | Bunker, l’obsession de l’investigation

ENTRETIEN AVEC BUNKER
Niki Nakazawa | Arquine

Mexico – Bunker est une agence d’architecture, d’urbanisme et de recherches basée à Mexico et fondée en 2005 par Esteban Suárez, aujourd’hui associé à son frère, Sebastián Suárez. L’agence a eu l’opportunité d’explorer et d’expérimenter toutes les échelles depuis les chapelles pour clients privés jusqu’aux plans urbains pour villes entières. La nécessité de comprendre les contradictions de la condition humaine et le phénomène architectural l’a conduit à réinventer continuellement sa méthodologie créative.

Niki Nakazawa : pouvez-vous raconter brièvement la manière dont a débuté l’agence et la raison de son nom, Bunker ?

Esteban Suárez : J’ai débuté Bunker fin 2004-début 2005 ; à l’époque, l’unique bureau que nous pouvions avoir était un sous-sol qui n’avait pas de fenêtre. J’ai débuté seul, Santiago Gitanjalli est arrivé et nous avions besoin d’un nom. Le bureau était littéralement un bunker ; de là est venu Bunker Arquitectura. Peu après, mon frère Sebastián est venu nous rejoindre. Nous avions un autre associé, Jorge, qui n’est plus avec nous. Heureusement, en cherchant et en générant du travail, nous avons pu sortir du Bunker et avons pu nous installer dans une agence plus conforme. Mais le nom nous rappelle de bons souvenirs.

Selon vous – c’est dans votre livre -, le style n’est pas une idée importante pour l’agence. Quel est votre fil conducteur ?

Santiago Gitanjalli : Nous ne sommes mariés avec aucun style. Le fil conducteur de tous les projets est l’investigation ; le projet répond à son environnement direct. Avant d’imaginer la manière dont il sera, nous initions une recherche et allons voir le site. Au moment où nous avons cette information, le projet prend forme peu à peu.

C’est probablement un principe que nous n’aimons pas et nous avons des discussions à ce sujet mais nous suivons ce processus. A la fin, nous arrivons à quelque chose qui est le projet en soi, qu’il nous plaise ou non. Arrive alors, grâce au processus d’investigation et de modélisation, le point où le projet prend une identité et une image propres.

ES : Nous ne sommes pas contre les styles. Le problème d’être contre quelque chose, c’est qu’en le niant, tu le reconnais et tu nies par là-même tes propres possibilités. Nous ne croyons pas que le style ait le potentiel de réinventer les processus créatifs. Les styles sont fondés uniquement en variables visuelles reconnaissables à première vue. Comme celui des grands stylistes, Tadao Ando, Zaha Hadid, Gehry, Libeskind qui croient avoir un style propre que les gens, en voyant leurs édifices, sauraient reconnaître. C’est justement en abordant un projet avec une posture prédéterminée que tu nies ton propre potentiel.

SG : Tu évites le potentiel du projet même, tu as son image, la manière dont il doit être et tu ne vois pas les autres variables.

ES : En introduction, nous parlons de cette obsession de cataloguer et de classifier les différents styles du milieu construit dont l’histoire et l’architecture ont souffert ; justement, nous voulons créer une architecture qui aille au-delà de toute classification et ne pas rester dans cette manie rétrograde de vouloir produire quelque chose avec des postures prédéterminées. Nous croyons aux possibilités de l’architecture.

En parlant du processus de recherche, qui s’implique au début du projet ? Comment cela fonctionne ? De quoi partez-vous ? Pouvez-vous donner un exemple de projet ayant demandé de nombreuses recherches ?

ES : Un projet de recherche – souvent, à l’agence, si nous n’avons pas de client, nous réfléchissons à des projets de recherche -, c’est le pont de la baie d’Acapulco. Il est dans ce cas nécessaire de résoudre la problématique d’un site spécifique. J’ai grandi en allant à Acapulco et j’ai vu la transformation d’une ville qui, aujourd’hui, compte des problèmes parmi les plus terribles. Il ne s’agit pas seulement du trafic dans ses rues principales mais des racines d’une ville formée de deux entités qui se sont distanciées un peu plus à mesure du temps. Pourquoi ceci est arrivé ? Du fait de l’aspect naturel : une cordillère divise les deux villes.

Je vais maintenant parler un peu plus de la recherche que du processus : tu commences par l’histoire. A Acapulco, les premiers établissements se sont développés dans la partie nord de la baie, ce que d’aucuns connaissent comme le vieil Acapulco. Et, peu à peu, la baie a été peuplée. La décision de construire l’aéroport international entre la lagune Tres Palos et la mer a provoqué l’accroissement vers le sud. Ensuite, à partir de la baie de Puerto Marqués jusqu’à l’aéroport, en passant jusqu’à Tres Vidas, une nouvelle aire urbaine composée de copropriétés de luxe face à la mer s’est développée.

En conséquence, tu as deux Acapulco, où le nouvel Acapulco est celui de la ville de Mexico, celui des maisons secondaires ; et le vieil, celui des locaux, qui vivent là parce que les prix sont bas mais ils n’y ont pas de travail. Il faut alors transporter cette population vers la ville nouvelle et les rues sont insuffisantes comme l’avenue Costera et l’avenue Escénica. Aller et venir quotidiennement entre les deux villes a provoqué une fracture. Voilà la problématique.

A partir de là, tu cherches des solutions. Unir les baies avec des ponts en est une, qui a d’ailleurs été réalisée de par le monde mais pas à Acapulco. D’emblée, trois kilomètres auraient été très longs ; créer un pont n’a donc pas été une obsession. D’autres options ont été considérées : nous pourrions avoir des ferries ou un tunnel. L’idée d’un pont nous est restée quand nous nous sommes rendu compte qu’il était viable et qu’il créerait un circuit entre l’avenue Escénica et l’avenue Costera. Acapulco est une municipalité qui n’a pas d’argent, encore moins pour construire un pont. Mais que se passerait-il si la structure du pont était convertie en espace habitable ? Tu pourrais donc inviter des développeurs et des investisseurs privés pour investir dans le pont. Ceci est la conclusion du projet. L’architecture résout ainsi un des problèmes principaux de la ville et de ses développements. Mais pour aller jusqu’où ? Jusqu’à continuer la croissance de la tache urbaine touristique ? Unir les deux villes par un pont donne au développement de nouvelles opportunités d’affaires.

SG : Ici, je crois que le plus important est le processus. Nous avons débuté notre travail par la compréhension des problématiques physique, économique, sociale, historique et urbaine du lieu sans avoir en tête l’idée d’un pont. Après avoir fait cette recherche, nous sommes allés parcourir Acapulco à plusieurs reprises, tant à pied qu’en voiture. La solution du pont résulte de cette analyse.

Votre agence dispose-t-elle d’une équipe qui mène les recherches ou les recherches sont-elles, elles-mêmes, une partie de votre méthodologie ?

ES : Tout d’abord, nous sommes une petite agence. Si nous croyons en la recherche, nous n’avons pas d’équipe dédiée. Nous divisons l’agence en avant-projet-investigation et en développement-exécution pour avoir un ordre.

SG : A chaque projet son processus de recherche. Avant d’aborder la partie architecturale comme telle, il y a toujours une partie préalable de compréhension de la problématique.

Pourquoi avez-vous décidé de faire un livre maintenant ? Comme avez-vous mené, à ce niveau, le processus d’investigation?

ES : La manière dont le thème du livre est arrivé est curieuse. Nous venons de fêter les cinq ans de l’agence. Nous pensions au début faire un catalogue de projets comme beaucoup le font. Nous avons ensuite posé la problématique différemment. Au cours du processus, nous nous sommes rendu compte que, non seulement il s’agissait de rassembler les informations mais de leur donner un bon dessin. Nous nous demandions ce que nous pouvions apporter en plus d’une publication. Nous voulions qu’elle aille au-delà du simple fait de montrer de bonnes photos de projet ou de bons rendus. Le plus difficile a donc été de trouver la thématique et l’un des défis a été de nous rassembler pour réfléchir à la question : ‘à quoi croyons-nous ?’.

SG : Avant d’arriver à Arquine, nous avons passé huit mois à nous réunir pour parler de ce que nous aimerions faire et comment nous aimerions le faire. Cela exigeait un travail d’investigation mais aussi d’introspection. Que pensions-nous à l’agence et comment voulions-nous le représenter ?

ES : Ce que tu veux dire avec ton travail est le plus difficile à définir. Nous sommes arrivés à un concept qui, nous le sentions, liait complètement tous les projets […] ; nous avions trouvé la thématique des oxymores qui, personnellement, m’a toujours attiré comme les contradictions de la vie humaine. Nous avons réussi à trouver le sens de cette thématique, naturellement et rapidement et nous avons réussi à lier tout ce que nous pensions depuis des années.

SG : Et le titre aussi. Il est parfait.

Comment est née cette idée d’oxymore ?

ES : Les phrases me réjouissent et depuis quelques temps je compilais des phrases ‘oxymoriques’. J’en ai un carnet entier.

Ce mot m’attire. C’est un mot rare dont peu de gens savent ce qu’il signifie. L’oxymore serait le centre de toute proposition. Nous avons donc commencé à ‘google-iser’ le mot ‘oximorón’ et nous avons trouvé là des images. A ce moment, il était devenu clair que ceci devait être le concept qui lie tout le livre. Nous avons ensuite développé la proposition. ‘Stop : Keep Moving’ est impossible physiquement mais le devient conceptuellement. Ce va et vient, cette volonté de ne pas vouloir s’en tenir à des postures prédéterminées et la compréhension des idées et manifestes anciens peuvent se compléter de façon cohérente en une expression inclusive qui fasse sens. Il s’agit d’une architecture qui fait une pause mais qui perpétue le mouvement.

SG : N’importe qui de créatif, dans le monde de la conception ou de l’architecture, ne cesse jamais de créer bien qu’il ne soit pas physiquement en train de dessiner.

ES : L’être humain a l’obsession d’être absolu mais, justement, c’est une contradiction. C’est tout le contraire : c’est ce que tente de représenter le concept ‘Stop : Keep Moving’.

Pensez-vous que ce travail de huit mois sur le livre a influencé la manière dont vous vous projetez maintenant ? Vous a-t-il aidé ?

SG : Avant ces huit mois, jamais nous ne nous étions imaginés réfléchir à ce que Bunker pouvait penser et comment nous pourrions le représenter. Ces huit mois nous ont aidé à comprendre cette idéologie et la façon dont nous pensons faire les choses. Ce processus créatif nous a montré comment fonctionne l’agence et comment elle peut mieux encore fonctionner. Il est dorénavant plus facile d’exprimer ce que nous pensons.

Quelle mission pour l’agence ?

ES : Nous n’avons pas de mission telle quelle mais il y a une phrase du livre qui nous réjouit. Elle dit : ‘Architecture is much too serious of a business to be entrusted to an architect’. Nous y croyons. Nous avons l’obsession de nous réinventer et cette obsession nous porte quelquefois à l’échec. Nous apprenons sans cesse et de nouvelles idées comme de nouveaux projets en résultent.

Propos recueillis par Niki Nakazawa | Arquine
10-02-2011
Adapté par : Jean-Philippe Hugron

* Stop ; keep moving : un acercamiento oximorónico a la arquitectura = Stop ; keep moving : an oxymoronic approach to architecture, de Esteban Suárez ; éditeur : Arquine ; Format 21×14,5cm ; 248 pages ; Intérieur : Quadri.

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